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Portrait #3

– Comment es tu confinée ?
Je suis confinée en appartement (65m2) en ville avec mon mari et notre enfant (7 ans). Je travaille dans le spectacle vivant alors je ne suis pas vraiment en “télétravail”… j’ai des choses à faire et des choses que je pourrais faire mais ce n’est pas facile d’être créative dans cette configuration.

– Qu’est ce qui est bien ?  
Nous avons une terrasse et des grandes fenêtres, ça aide.  On voit de la verdure et du ciel depuis chez nous. Notre appartement est calme, lumineux, confortable mais il n’est pas très grand pour 3 personnes. 

– De quoi tu manques ?
“ brain space” – du temps pour réfléchir sans interruption, la possibilité d’entendre mes pensées. De l’espace physique pour moi seule.  
Je suis très extravertie et je prends beaucoup de plaisir dans ma vie professionnelle. Me retrouver tout le temps à la maison et dans mes rôles de femme et mère est très difficile pour moi. C’est comme si je vivais un deuil. Sans mon travail, mes amis et mes relations avec les autres, je ne me sens pas “moi-même.” Comme si j’avais perdu mon identité ou comme si j’avais un bout de moi qui manque… un bras, par exemple, qu’on m’aurait arraché. 

– Tu as envie de créer ?
Oui mais c’est pas facile de me concentrer, c’est frustrant de me faire interrompre très, très souvent (par mon fils surtout et aussi par mon mari ou par les besoins de la maison (repas à faire, école à la maison etc)).  Je n’ai pas forcement envie de créer des choses en lien avec le confinement et la situation actuelle… mais la situation est si oppressante que c’est difficile pour moi de penser à autre chose. 

– Quel est ton refuge ? Où, comment, trouves tu le moyen de te ressourcer, d’être bien, de te remplir, d’avoir de l’énergie ?
Mon refuge…. est-ce que j’en ai un??
Parfois c’est à l’intérieur de moi et parfois je le trouve en cherchant un lien à l’extérieur. Il y a souvent un moment très doux le matin : un câlin avec mon fils quand il se réveille. Mais je sens que globalement je garde un peu de distance avec mon mari et mon fils…On est tellement ensemble physiquement que j’ai l’impression que me rapprocher d’eux mentalement ou émotionnellement est simplement trop. Je pense que c’est assez naturel mais je me sens néanmoins coupable. Actuellement, c’est plus facile d’être en connexion avec des personnes que j’aime qui sont ailleurs.
En tout cas voilà une liste des choses qui me font du bien : marcher, parler au téléphone, écouter de la musique, faire des découpages/ des cartes postales maison, lire, écrire (quand j’y arrive, mais c’est rare), lever les yeux quand je marche, regarder des maisons et imaginer les gens dedans, remarquer les signes du Printemps 

– Raconte un moment de joie
Mon fils le matin de Pâques. Tout s’est fait hyper à la dernière minute…j’ai trouvé des œufs en chocolat à 19h30 samedi soir que j’ai caché partout chez nous juste avant que mon fils s’est réveillé le dimanche matin. On n’avions pas évoqué Pâques avant et il était tout émerveillé quand il a commencé à trouver des chocolats partout chez nous. Ensuite il a fabriqué des paniers en carton qu’il a rempli du chocolat pour nos voisins. Il a écrit un petit mot et a accroché tout ça à leurs poignées de portes. C’était très simple et très touchant et sa joie m’a apporté beaucoup de joie aussi.

– Qu’est ce qui te rend le plus dingue en ce moment?
Je n’aime pas du tout (mais pas du tout !) faire l’école à la maison. C’est un moment hyper désagréable et stressant. 

– L’équilibre dans la répartition des tâches (ou ce qu’on aime appeler la charge mentale) a t’il changé ?
Ça va. On partage. Mais peu importe ce qu’on fait avec mon mari, je crois qu’on a tous les deux la sensation de pas avoir assez de temps pour soi, pas assez de place, pas assez de pauses… la sensation qu’on n’arrive pas à faire ce qu’on aimerait faire.

– Est ce que cet enfermement a modifié ton rapport à ton corps?  Et en terme de désir?
Oui mais même de façon anonyme, c’est pas facile d’en parler.  Mon cycle menstruel s’est allongé un peu, comme si mon corps était au ralenti. Je n’ai pas beaucoup envie de faire l’amour avec mon mari…. ça me rappelle le temps après la naissance de notre enfant : je suis très heureuse que mon mari soit là et qu’on traverse ça ensemble. C’est un vrai partenaire, on est solidaire. Mais je n’ai pas beaucoup à lui donner en termes de désir, de connexion et d’énergie.  Je me sens en mode « survie ». Notre relation nous permet de vivre des choses en dehors de notre couple et je ressens du désir vers l’extérieur, donc cette partie de moi vit et vibre encore mais pas trop à l’intérieur de notre couple. Là aussi il est facile de céder à des sentiments de culpabilité. 

– Qu’est-ce que le confinement a créé de nouveau et qui t’apporte de la joie ?
Je vis loin de ma famille et aussi loin de beaucoup d’ami.e.s qui me sont très cher.e.s. 
On fait des apéros Zoom et en fait c’est chouette…. j’espère qu’on continuera à faire ça de temps en temps une fois que cette période sera passée.  En ce moment le fait que j’habite loin d’eux ne change rien. 
À 20 heures on sort applaudir sur notre balcon et c’est devenu notre petit rituel avec nos voisins… il y a quelque chose de beau est simple là-dedans.  Ça m’émeut.  
On s’est relaxés sur le rythme de la journée. Mon mari a toujours été très exigeant sur le timing des repas etc, et ça me fait du bien d’être moins collée à l’horloge.  Aussi le soir très, très souvent on fait un petit apéro avec un jeu de société. Je n’ai jamais mangé autant de chips mais c’est chouette. 🙂
Je suis devenue un peu plus proche de certaines personnes que je connaissais dans ma vie professionnelle… on s’encourage, on partage des nouvelles et vu que le travail dans notre milieu est un peu à l’arrêt, on partage des choses plus personnelles. 
Je regarde la nature autrement.  Le printemps est ma saison préférée et je l’ai vu arriver en beaucoup de détails cette année.  Je pense énormément à ce qu’a dit Pablo Néruda : « Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront jamais le printemps. » Le printemps est venu, malgré nous et notre situation.  Les cerisiers dans le parc fermé doivent être magnifique comme jamais, indifférents au fait que nous ne puissions pas les admirer cette année.  Et même si on a l’impression que notre monde est en train de s’écrouler, le printemps est là. 

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